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La perte de contrôle

Les Contemporains perdent le contrôle avec Jean-Pierre Gauthier.

Avant-propos

Jean-Pierre Gauthier s’inspire de sa pratique pour proposer aux Contemporains un thème qui peut être déroutant pour la plupart des artistes : la perte de contrôle. Le mentor met l’accent sur les changements de direction que la perte de contrôle peut engendrer et non pas sur le résultat esthétique final. Les artistes sont donc invités à se concentrer sur leur processus créatif pour en prendre conscience. Dans le dossier de cette semaine, nous aborderons l’art sonore et nous discuterons de la place des musées dans la société avec l’arrivée des cybermusées.

Dossier thématique

L’art sonore et ses déclinaisons

L’art sonore est une forme artistique relativement jeune. Qu’on utilise des sons provenant de la nature ou créés de toutes pièces, ce type d’art regroupe plusieurs disciplines qui font appel à l’ouïe, à la perception auditive, et à l’implication sociale et psychosomatique du son. L’artiste sonore réfléchit également à l’espace et à l’environnement de son exposition, étant donné qu’il détermine l’expérience de la résonnance ou de l’étouffement de certains sons. Alors, cet art est souvent réalisé in situ ou en réaction au lieu d’exposition.

L’art sonore s’appuie sur l’acoustique, les phénomènes physiques, l’enregistrement et l’utilisation de sons d’ambiance ou « environnementaux », l’électronique et la musique bruitiste. On peut aussi parler des technologies actuelles et des supports audio qui ouvrent le chemin à la création d’une multitude de sons, à différents niveaux d’écoute et à différentes possibilités d’assemblages.

Une des premières manifestations de l’art sonore est certainement l’invention de l’Intonarumori par l’Italien Luigi Russolo vers 1913. C’est un instrument de musique qui génère des sons acoustiques et qui offre la possibilité de contrôler certaines caractéristiques du son, comme la dynamique, le volume et la longueur d’onde. On le voit comme un orchestre de bruits avec lequel le public peut performer.

Luigi Russolo

La présentation de l’art sonore est loin d’être classique. Cela peut faire partie d’une installation par exemple. La plupart du temps, l’ouïe est indéniablement au premier plan, mais dans certains cas, les vibrations créées par le son peuvent aussi être ressenties de façon corporelle. L’art sonore est souvent une expérience sensorielle totale qui peut s’expérimenter autant dans le silence que dans le bruit.

À l’heure actuelle, les artistes sonores ont un terrain de jeu énorme ; ils peuvent utiliser autant des sons environnementaux, de synthèse, acoustiques, électroniques, technologiques comme ceux produits par certains médias sociaux, téléphones intelligents ou autres composantes informatiques . On retrouve donc des artistes très différents les uns des autres. Jean-Pierre Gauthier, par exemple, travaille entre l’art visuel et l’exploration sonore. Dans Ceci nest pas une machine, Jean-Pierre Gauthier crée et contrôle tous les sons à l’aide de machines et de mécanismes. Tous les circuits sont visibles à l’œil et font partie de l’installation sonore.

Ryoji Ikeda, lui, utilise ses compétences de DJ et son goût pour la musique électronique minimaliste afin de créer des œuvres centrées sur le côté rationnel et simple des sons. Dans C4l, il utilise des données informatiques pour créer une partition. Il transforme des images numériques de paysages en un langage numérique et le son est synchronisé avec les images à la seconde près. Son art sonore est plutôt ancré dans la tradition numérique et multimédia.

On peut aussi parler de Nicolas Bernier et Martin Messier qui, dans MACHINE_VARIATION, manipulent des leviers et des manivelles afin de produire des sons générés par l’effort du corps humain, à mi-chemin entre le son acoustique et électronique. Ils enregistrent également des sons au préalable et les mélangent à ceux produits par l’installation. Le public se questionne alors quant à la provenance de tous ces sons.

Vrai ou Faux : La musique fait partie de l’art sonore

Le monde de l'art contemporain

Musées, muséologie et cybermuséologie

Le musée est lié à deux disciplines : la muséologie et la muséographie. Comment les différencier?

La muséologie réfléchit sur le musée de façon intellectuelle, et ce dans chacun de ses rôles (gestion, recherche, conservation, restauration, exposition, patrimoine, médiation, discours, animation, éducation, etc.). C’est cette discipline qui étudie l’histoire des musées et l’évolution de ses fonctions, et qui dicte la marche à suivre afin de continuer à le faire évoluer. Elle fait aussi des recherches sur les expositions et les musées à travers  le monde.

La muséographie, quant à elle, est plus « technique ». C’est une science qui met en récit des expositions et les outils d’installation et de présentation dans les musées. La réception des œuvres est aussi très importante en muséographie. Il s’agit d’une discipline d’outils, de supports et de coordination.

Ainsi, la muséologie pense le musée en tant que concept et la muséographie définit de façon technique les expositions.

Enfin, la cybermuséologie ou muséologie numérique tente de créer un pont entre le monde virtuel, la communication et l’art muséal. Sa mission est de diffuser l’art, mais elle réfléchit également aux bases de données, au graphisme, aux interfaces ainsi qu’à l’utilisation de contenus multimédias complémentaires. Plusieurs musées ont suivi cette tendance, comme le Musée McCord et ses expositions virtuelles.

D'après vous...

Est-ce que tous les musées devraient rendre accessible leurs collections permanente sur le web à l'aide d'outils interactifs ?  

Jean-Pierre Gauthier

Artiste Mentor

Jean-Pierre
Gauthier

Possédant une démarche hybride entre les arts visuels et l’exploration sonore, Jean-Pierre Gauthier crée de façon rigoureuse des installations cinétiques aussi humoristiques que poétiques.

Découvrir son site web

Entretien avec Jean-Pierre Gauthier

J’ai toujours voulu créer des choses vivantes avec un rapport à l’éphémère et à la transformation

1 Qu’est-ce qui vous a poussé vers le domaine artistique?

Lorsque j’étais jeune, je ne pensais pas à devenir artiste. Mon frère faisait de la photographie amateur et c’est peut-être ça qui m’a amené à faire des études en photographie au cégep. Puis, c’est en faisant des installations dans lesquelles je m’intégrais et en ayant des professeurs ouverts d’esprit que j’ai compris que je voulais faire de l’art. 

2 Quel(s) médium(s) avez-vous exploré(s)?

La photographie avec mon frère. Sinon, plus jeune, je démontais tout pour voir comment les objets fonctionnaient. Après ma maîtrise, je suis revenu à des œuvres plus mécaniques, car le son, la sculpture et l’électronique sont pour moi des moyens naturels de m’exprimer. J’ai toujours voulu créer des choses vivantes avec un rapport à l’éphémère et à la transformation, et c’est avec mes « patentes » que j’y arrivais. 

3 Qu’est-ce qui vous enrage, vous inspire?

C’est certain que les inégalités sociales me touchent, mais le fait que les artistes sont souvent sous payés et sous considérés m’enrage particulièrement. On les imagine riches, mais il n’y a que peu d’artistes qui gagnent bien leur vie ou mènent simplement une vie décente. Sinon, ce qui m’inspire est souvent relié à la nature, aux végétaux, à la science et aux phénomènes physiques et météorologiques.

4 Parlez-nous de votre démarche artistique et des thèmes récurrents dans vos œuvres.

Mon travail est orienté sur l’installation cinétique et sonore. Le côté installation me permet de travailler sur l’idée d’instabilité, de perte de contrôle, de changement et d’éphémère. J’aime bien que le visiteur soit immergé et impliqué dans une œuvre qui amalgame plusieurs disciplines. À première vue, je sais qu’il y a une dimension ludique dans mes œuvres, mais on peut aussi y voir une dimension pathétique : les objets programmés tentent de réaliser une tâche, sans toutefois y arriver. Les spectateurs développent alors une sorte d’empathie envers ces objets, comme s’ils devenaient humains.

5 Définissez-moi ce qu’est un artiste.

Un artiste, c’est quelqu’un qui superpose sa vision du monde à celle du monde réel. Les artistes construisent une réalité parallèle au monde réel en y superposant leur propre réalité, leur vécu, leur expérience et leur façon de voir le monde. À travers une œuvre, le public accède alors à la couche de réalité créée par l’artiste.

Démarches

Les Contemporains essaient d’illustrer la perte de contrôle sans toutefois trop la contrôler. Ils essaient de se laisser aller, de déléguer, de prendre des risques, de suivre leur instinct ou de donner des fausses pistes afin de profiter pleinement du thème de la semaine proposé par Jean-Pierre Gauthier. 

Je vois mon rôle de mentor comme un partage de mes connaissances et j’aime voir ce qu’ils vont en retenir.

ㅡ Jean-Pierre Gauthier

Épisode 6

La perte de contrôle

Charles Lavoie

Guillaume Boudrias-Plouffe

Frances Adair Mckenzie

Karine Payette

Manuel Mathieu

Caroline Monnet

Les oeuvres de l'épisode

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Mon jardin

Karine

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Soupe aux carottes

Charles

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Soupe aux carottes

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Charles

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Soupe aux carottes

Le puit de Crachpoukinca

Guillaume

Boudrias-Plouffe

Le puit de Crachpoukinca

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Guillaume

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