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Créer l’objet le plus intense de l’univers

David Altmejd invite les Contemporains à créer l’œuvre la plus intense possible en la pensant dans son contexte d’exposition. 

Avant-propos

Cette semaine, David Altmejd veut ouvrir les horizons de nos six artistes en ne proposant pas un thème précis, mais en les invitant plutôt à créer l’œuvre la plus intense possible. C’est en concevant parallèlement l’œuvre et sa présentation que l’artiste mentor pousse les artistes à développer plus précisément leur pratique et leur démarche afin de créer une œuvre complète. À la fin, les artistes nous proposent six œuvres puissantes, empreintes de leur personnalité. C’est en s’inspirant du parcours de David Altmejd et de sa renommée que nous démystifierons l’évolution de la sculpture au Canada, et que nous parlerons des rôles des galeries d’art contemporain. 

Je me suis rendu compte que ce que je voulais faire en tant qu’artiste, c’est de faire un objet qui existe intensément dans le monde.

- David Altmejd 

Parmi les suivants, combien de sculpteurs canadiens connaissez-vous?

Marcel Dzama
Jana Sterbak
Françoise Sullivan
Louis Archambault
Jocelyne Alloucherie
Roland Poulin
Michael Snow
Armand Vaillancourt
Betty Goodwin
Jean-Pierre Gauthier

Dossier thématique

L’évolution de la sculpture occidentale au Canada

Lorsque l’on parle de la « matière sculpturale », il existe deux catégories : le relief et la ronde-bosse. Dans le relief, on retrouve le bas-relief, dans lequel les parties sculptées ne dépassent pas la moitié du volume, le haut-relief qui possède des formes presque complètes, sans toutefois devenir une sculpture que l’on peut observer de tout côté, et l’intaille qui rappelle les reliefs égyptiens sculptés sur une surface plane.

La ronde-bosse, quant à elle, est sculptée afin d’être observée de tous les côtés et repose sur un piédestal ou un socle. Les possibilités de combinaison des différentes techniques de sculpture apportent une grande capacité d’adaptation et de transformation de cet art à travers le temps. Que ce soit par modelage, par taille, par assemblage, par stéréolithographie ou par procédé numérique, la sculpture utilise également une incroyable quantité de matériaux différents, qu’ils soient d’origine minérale, métallique, animale, textile, granulaire ou végétale. 

 

La sculpture d’ici

Les premières sculptures de la Nouvelle-France ont été réalisées en bois par des artisans français envoyés pour effectuer divers travaux d’ornementation. Ce n’est qu’au début du 18e siècle que l’on voit apparaître les premiers sculpteurs locaux, comme les membres de la famille Levasseur et leurs œuvres qui « illustrent [très bien] le transfert culturel des formes classiques françaises vers le Nouveau Monde. » À cette époque, on parle de la sculpture sur bois pour du mobilier, des navires ou des projets architecturaux à caractère religieux (exvotos) ou royal (armoiries).

© Michel Élie, Centre de conservation du Québec

Dans la deuxième moitié du 19e siècle, l’arrivée du plâtre, des statues italiennes et du bronze participera au déclin de la sculpture sur bois, permettant ainsi la pratique de la technique de « l’addition », plus flexible que celle de la « soustraction », utilisée dans le cas du bois. Plusieurs courants – qui trouveront leurs homologues en Europe – se succéderont à partir du réalisme et de son héritage catholique-français, incarné par Louis-Philippe Hébert; de l’Art nouveau, avec ses lignes courbes sculptées par Alfred Laliberté; jusqu’à l’Art déco d’Elizabeth Wynn Wood, qui s’inscrit dans une architecture-décoration.

Le moment le plus novateur de l’histoire de la sculpture canadienne se situe vers la moitié du 20e siècle, avec l’arrivée de l’installation, d’œuvres in situ, du multimédia et de l’accessibilité de l’art grâce à la photographie couleur. De nouveaux matériaux sont disponibles et de nouvelles techniques émergent, ce qui donne lieu à la création de sculptures surprenantes, comme les pièces de métal soudées d’Armand Vaillancourt, les oiseaux suspendus dans Flight Stop, de Michael Snow, et les sculptures d’acier peint de Françoise Sullivan. De plus en plus, les artistes canadiens s’intéressent aux nouvelles technologies et les utilisent dans leur art.

Ce qui marque l’arrivée de la sculpture contemporaine, c’est le questionnement sur le geste de sculpter et sur l’évacuation de la sculpture comme on la connaissait. Les limites de la sculpture sont donc aussi floues que les limites de l’art contemporain, étant donné la panoplie des techniques et des matériaux utilisés. Comme on peut le voir dans les travaux de David Altmejd, la sculpture contemporaine ne ressemble pas à la sculpture traditionnelle : le mouvement se situe entre l’installation, la performance et la sculpture telle qu’on l’entend habituellement, qui sont constamment réinventées.

On se dote d’une démarche forte et précise sans toutefois prendre une forme esthétique particulière, en se situant à l’extrême opposé de la tradition – comme c’est le cas pour d’autres médiums – et en faisant dominer le côté analytique et la démarche artistique sur la technique utilisée – comme on peut le voir dans les œuvres de Karine Payette et de Charles Lavoie cette semaine. Le land art ou l’électrocinétique sont d’autres exemples de techniques qui s’inscrivent dans le mouvement de la sculpture contemporaine. Et cette dernière continuera d’élargir sa définition et d’offrir de nouvelles possibilités de création, particulièrement avec l’accessibilité grandissante des imprimantes 3D et des nouvelles technologies. 

Saviez-vous que Montréal possède une collection d’art public de 225 œuvres dispersées à travers les rues de la ville ?

Combien d’entre elles sont des sculptures ? 

Le monde de l'art contemporain

La galerie d’art contemporain

Contrairement à la croyance populaire, les galeries d’art sont plus que de simples lieux d’exposition et de vente. Elles jouent un rôle beaucoup plus important pour les artistes d’aujourd’hui.

La galerie privée d’art contemporain choisit d’abord les artistes dont elle souhaite représenter le travail – comme la Andrea Rosen Gallery à New York, qui a eu l’occasion de représenter David Altmejd. Sa première mission est alors de faire la promotion des œuvres et des artistes, que ce soit dans les foires, les expositions internationales ou auprès des musées, des conservateurs et des collectionneurs (privés, en entreprise ou publics) et d’en assurer la visibilité auprès des gens influents.

Ensuite, elle expose leurs œuvres les plus récentes, de façon permanente ou temporaire, permettant aux collectionneurs, aux conservateurs d’art et au public de les découvrir. Du côté commercial, la galerie se doit de trouver des acheteurs, car son revenu dépend de ces ventes, mais surtout parce que le statut d’artiste passe non seulement par la reconnaissance institutionnelle, muséale et critique, mais également par sa valeur sur le marché de l’art.

Ce dernier étant saturé et souvent hermétique, la représentation d’un artiste par une galerie est essentielle à la survie d’un artiste en lui conférant une certaine notoriété dans le milieu. Les œuvres sont maintenant vues et appréciées par un public intéressé et influent, ce qui fait en sorte que l’artiste s’établit dans le paysage artistique. Enfin, la notoriété de la galerie d’art se bâtit grâce aux choix d’artistes et d’expositions qu’elle réalise, à la renommée des artistes qu’elle représente, à leur promotion et à la commercialisation de leurs œuvres. 

David Altmejd

Artiste Mentor

David
Altmejd

Sculpteur de renommée internationale, David Altmejd est inspiré par l’évolution et la transformation des objets. Son intérêt marqué pour la biologie et les sciences naturelles transparaît dans ses œuvres fantastiques qui misent sur la tension et le contraste. Son travail offre une infinité de significations et un certain flux d’énergie. 

Découvrir son site web

Entretien avec David Altmejd

L’idéal serait donc de créer une sculpture qui serait capable de générer autant de choses qu’un corps humain.

1 Qu’est-ce qui vous a poussé vers le domaine artistique ?

Au début, c’était l’action de dessiner qui me plaisait. Ça m’a permis de développer mon talent et de prendre confiance en mes capacités. Plus tard, j’ai commencé des études scientifiques, mais je me suis rendu compte qu’il fallait plutôt que je garde cette fascination pour la science pour l’utiliser dans les arts visuels. 

2 Quel(s) médium(s) avez-vous exploré(s) en premier ? Et à l’heure actuelle ?

Je crois que ma première sculpture était en résine, mais je me suis rendu compte que ce qui m’intéressait, c’était les tensions, les contrastes et les combinaisons de matériaux. Je possède maintenant une banque de matériaux et trois d’entre eux m’inspirent particulièrement : le miroir avec ses possibilités infinies, le plâtre et sa qualité sensuelle, et les minéraux, qui me donnent l’impression de contenir une certaine énergie et de provenir d’une époque infiniment lointaine. 

3 Qu’est-ce qui vous enrage, vous inspire?

Lorsque je crée dans mon studio, ce sont des attitudes qui m’inspirent. Souvent, je pense aux types de critiques que ma création pourrait recevoir et ça me donne le goût de faire l’inverse pour déstabiliser les observateurs. 

4 Parlez-nous de votre démarche artistique.

Ce qui est important pour moi, c’est de réussir à construire un objet qui sera assez complexe pour développer sa propre intelligence et son propre sens. Je ne veux pas sculpter une œuvre qui communiquera une seule signification. Les thèmes récurrents dans ma pratique demeurent le corps et l’énergie. Le corps est la chose la plus extraordinaire qui existe, car il est capable de générer de l’énergie par lui-même tout en contenant une tonne de secrets et de mystères. L’idéal serait donc de créer une sculpture qui serait capable de générer autant de choses qu’un corps humain. 

5 Définissez-moi ce qu’est un artiste.

Je ne sais pas vraiment ce qu’est un artiste et je ne suis pas capable de définir ce que je voudrais faire à long terme. Ce que je peux dire, c’est que les artistes que j’admire sont ceux qui sont capables de susciter des réactions fortes, autant l’amour que la haine. 

Démarches

L’intensité est à son comble. Caroline suit un cours accéléré de tir à l’arc afin de réaliser son œuvre. Pour sa performance, Guillaume coupe des morceaux de bois sans relâche. Charles, lui, travaille minutieusement à concevoir un objet précieux qui sera exposé dans le caveau non rénové de l’Arsenal. Quant à Frances, elle utilise le fond vert pour donner vie à ses personnages baroques. Enfin, Manuel s’inspire d’une toile de Colville et la déconstruit, pendant que Karine fait une recherche rigoureuse de matériaux pour accéder au réalisme le plus pur. 

Ce qui m’a surpris [dans Les Contemporains] c’est le rapprochement avec les artistes, car j’aime bien l’idée d’ambition. Quand je parle d’ambition, je ne parle pas du professionnel, mais de l’ambition de la vision. Il faut avoir une vision et se faire confiance pour la pousser le plus loin possible, car je crois qu’il faut tout faire pour la pousser au maximum.

-David Altmejd  

Épisode 2

Créer l’objet le plus intense de l’univers

Manuel Mathieu

Karine Payette

Caroline Monnet

Frances Adair Mckenzie

Charles Lavoie

Guillaume Boudrias-Plouffe

Les oeuvres de l'épisode

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Wreath

Frances

Adair Mckenzie

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Adair Mckenzie

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Attention ti-gars !

Guillaume

Boudrias-Plouffe

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Boudrias-Plouffe

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L'organe

Charles

Lavoie

L'organe

L'organe
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Charles

Lavoie

L'organe

Dans le bain

Manuel

Mathieu

Dans le bain

Dans le bain
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Manuel

Mathieu

Dans le bain

1701 revisited

Caroline

Monnet

1701 revisited

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Monnet

1701 revisited

Morceau du dehors 1

Karine

Payette

Morceau du dehors 1

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